Le masque à Venise

Venise, cité des songes

 

 

 

 

 

 

 

Venise, cité des songes

Venise pour la Saint-Valentin ? Oui, mais une Venise secrète, vue des campaniles et des jardins cachés, des canaux tranquilles et des campi déserts. Loin des foules, visite au cœur de la Sérénissime.

Nous avions le dos tourné à la petite île de Saint-Georges-Majeur, et... à deux cents pas vis-à-vis de nous les nombreuses coupoles de l'église de Saint-Marc, qui fait partie du palais ducal; c'est la chapelle du doge; nul monarque sur la terre peut se vanter d'en avoir une pareille», s'extasie Casanova lorsqu'il découvre Venise à ses pieds. Au bonheur de recouvrer la liberté après quinze mois dans les Plombs, les terribles prisons ducales, s'ajoute le ravissement devant le panorama, unique au monde. Goethe s'émerveille aussi de la vue du haut du campanile de San Marco, tout comme les frères Goncourt, accoudés à leur terrasse. Aujourd'hui, la fascination reste intacte : personne ne résiste à une vue plongeante du clocher de San Giorgio Maggiore ou de celui de San Marco. Le nouvel Hilton sur la Giudecca, installé dans l'ancienne minoterie du Molino Stucky, est également un emplacement de choix pour survoler la ville et les îlots alentour. Vers le nord, c'est le quai des Zattere, de l'autre côté du canal, baigné par le soleil du soir, et au-delà, Murano et même les Dolomites par temps clair, tandis que vers le sud, on voit San Clemente et le Lido.

Les Vénitiennes illuminent les toiles du Titien

«Venise! Est-il une ville qui ait été plus admirée, plus célébrée, plus chantée par les poètes, plus désirée par les amoureux, plus visitée et plus illustre?», s'exclame Maupassant. Et il est vrai que Venise a été décrite par tous les écrivains, petits et grands, qui sont passés par là et n'ont pas résisté à l'envie de signer un beau texte. Il n'est que Montaigne qui se refusa à l'exercice : «Au demeurant, les raretés de cette ville sont assez connues.» Quatre siècles plus tard, le problème s'est bien sûr aggravé. Chacun a trempé son stylo à l'encre de ses fantasmes : Ernest Hemingway et son évocation des hommes, les vrais, les « gars de Torcello » qui faisaient du trafic d'armes ; Marcel Proust qui reçoit la palme de l'humour involontaire quand il compare, le plus sérieusement du monde, San Marco, le palais des Doges et la Piazzetta à la place de l'église d'Illiers-Combray ! On peut lire Thomas Mann ou Byron, Ruskin ou George Sand, Musset ou Henry James, Goldoni ou Rilke... Récemment, le Croate Predrag Matvejevitch a risqué L'Autre Venise (édité chez Fayard), histoire de nous la montrer différemment, c'est-à-dire loin de l'obsession la plus répandue, les femmes : « filles publiques » ou « courtisanes »pour Rousseau, « filles de joie » pour Montesquieu, « putes », « garces », chacun y va de son expérience réelle ou rêvée avec de vaporeuses religieuses ou des dames du monde, dissimulées derrière un masque ou dans les replis d'un domino de soie, escortées de ce sigisbée-amant qui alimente à lui seul tous les rêves. Et, même si Casanova est mort depuis longtemps, chacun se sent l'âme d'un libertin.

Les peintres ont eux aussi craqué pour les belles Vénitiennes à la haute taille et au fameux rosso veneziano. Elles illuminent les toiles de Titien, de Véronèse et de Tiepolo de leur chevelure aux reflets chauds, fruit de leur infinie patience et des fioles de leurs parfumeurs-alchimistes. Ce véritable culte au soleil et à la beauté avait lieu sur les altane, ces structures de bois et de briques que les touristes prennent souvent pour des échafaudages et qui sont en réalité des terrasses que l'humidité de la ville et son manque d'espace ont rendu indispensables. Si les Vénitiens aiment toujours y prendre l'air et y dîner, des peintures du XVe siècle y montrent les femmes en tunique blanche, la chevelure étalée sur la couronne d'une large paille sans calotte, la solana. Une dame de compagnie passe sur les mèches une préparation dont la recette est tenue secrète. Citron et safran ? Racine de rhubarbe ? Chi lo sa. La ville même fait partie du« Grand Tour », comme disaient les Anglais, de tous les peintres occidentaux. A la suite de Canaletto, Bellotto et Guardi, dont les magnifiques vedute sont célèbres, tous s'essaient aux vues du Grand Canal et du Rialto, de la Ca d'Oro et du Palazzo Ducale : Bonington, Turner, Moran...

Prendre le quai sur les pas de Palladio

C'est avec James Whistler que cela change. Il passe huit mois à s'imprégner de la Venezia minore, celle des Vénitiens, des canaux étroits et des petits ponts, des marches descendant vers l'eau, du linge qui sèche et des échoppes modestes. Ses gravures et pastels, tout comme, à sa suite, les peintures de John Singer Sargent, puis celles de Duveneck, nous emmènent dans les quartiers où, aujourd'hui encore, ne s'aventurent que peu de touristes : autour des campi San Barnaba ou Santa Margherita, dans Dorsoduro, le quartier des étudiants, dans les sestiere (arrondissements) de San Polo et Santa Croce, dédales mystérieux dont les impasses tombent dans l'eau verte, Cannaregio au nord, conquis sur la lagune, et Castello avec l'Arsenal, la riva degli Schiavoni et les jardins de la Biennale. C'est la Venise populaire, loin du Danieli et du Harry's Bar. Ici, on parle le dialecte vénitien comme dans les polars de Donna Leon. On boit le spritz Aperol ou bitter au comptoir des bacari (bars) et on grignote des cicchetti (équivalent vénitien des tapas) composés de moeche (crabes pêchés lors de la mue), calamars, gamberi (crevettes), folpeti (supions) et schie (moules en vénitien).

La Giudecca fait partie également de ces quartiers excentrés pour les touristes malgré la présence des multi-étoilés hôtels Cipriani et Molino Stucky. On y respire un air plus marin que lagunaire, un vent iodé qui balaie chantiers navals et jardins dissimulés par de hauts murs. Les artistes viennent s'y installer pour trouver un peu d'espace et de tranquillité. C'est là que François Mitterrand possédait sans posséder, à sa manière, un pied-à-terre secret vers la fin de sa vie, quand il ne descendait plus au palazzo Balbi-Valier, sur le Grand Canal. Elton John y a un palais, juste à côté du couvent des Zitelle, discret, du moins de l'extérieur. Il fait bon prendre le quai sur les pas de Palladio, dans cette ville où sa marque est si forte, puisque l'on passe de l'église du Redentore aux Zitelle avant d'apercevoir San Giorgio Maggiore, sur son île, solitaire et magnifique !

Source : Dominique Gaulme : http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/02/14/01006-20090214ARTFIG00142--venise-cite-des-songes-.php

 

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