Le masque à Venise

Histoire des masques de Venise.

 

DE LA NAISSANCE A L'APOGÉE
LE DÉCLIN DU CARNAVAL
LES DÉGUISEMENTS
LES PERSONNAGES DE LA COMMEDIA DELL'ARTE
LES MASQUES

 

 

 

L'histoire des masques de Venise.

LES ORIGINES
C'est vers l'an 1000 que l'Église catholique, soucieuse depuis des siècles de donner Pâques la priorité absolue pour toute la chrétienté, fixe le calendrier de ses fêtes. Les clercs qui le rédigent dans les abbayes y disposent les périodes grasses et maigres selon que la viande est autorisée ou non et y fixent, CARNAVAL.
Le mot aurait deux origines:
- CARNEM LEVARE: priver de chair (viande) annonçant ainsi le carême qui débute le mercredi des cendres et sera porté, au VIIIe siècle, quarante jours.
- CARNE VALE: la chair prévaut, celle que l'on mange (la viande) et celle que l'on désire (le corps), signifiant le triomphe de la sensualité propre au carnaval.
Dans les deux cas, le carnaval est indissociable du carême puisqu'il désigne la période orgiaque qui le précède. Il atteindra Venise les sommets de tous les débordements et, malgré les interdits, éclatera au XVIIIe siècle dans un "bouquet final" précédant la chute de la Sérénissime.
Si nous devons l'Église la place et la durée du carnaval, les origines de ce dernier sont rechercher dans le paganisme: fêtes de la nouvelle année, de la terre, de la fécondité...transmises en Grèce sous le nom de Bacchanales ( un homme déguisé en Bacchus, dieu du vin, parcourrait les rue au milieu des chants et des danses), puis Rome sous le nom de Lupercales (instaurées par Rémus et Romulus en l'honneur de la louve qui les avait allaités) et de Saturnales ( sous l'égide du dieu du temps, les Romains festoyaient en inversant les rôles - les maîtres servent leurs esclaves - et s'adonnaient une débauche effrénée).
L'Église, soucieuse de canaliser ces manifestations licencieuses qui avaient perdu leur sens originel, les rebaptisa (fête des fous, des innocents, carnaval...) et tenta de leur donner un sens nouveau. Le carnaval était né.

DE LA NAISSANCE A L'APOGÉE
A Venise, comme dans toute l'Europe médiévale, le carnaval est la fête "du ventre", de la transgression et de l'inversion.

Fête du ventre: on distribue de la nourriture aux pauvres afin que chacun fasse ripaille. A une époque o la disettes sont fréquentes, (Venise réussit cependant les éviter), le peuple oublie ses peines et accède, pour un temps, au "Pays de Cocagne" dont il ne peut que rêver.

Fête de la transgression: si, lors des fêtes païennes on se moquait des héros et des dieux, au Moyen-Age on prend la religion partie. Les religieux eux-mêmes participent aux réjouissances en se livrant des simulations de cérémonies et des plaisanteries obscènes. On danse dans les couvents; les lieux sacrés, pivots de la vie sociale, sont transformés en théâtres o l'on s'amuse aux dépens de tous et de tout. Le pape Innocent III dont le pontificat marque au XIIIe siècle l'apogée de la papauté promulgue une bulle pour bannir les spectacles des églises et interdire aux religieux de participer aux fêtes. En vain... La fête continue.

Fête de l'inversion: les rapports hiérarchiques s'inversent. Le valet est servi par son maître; le pauvre côtoie les puissants et peut se permettre de les ridiculiser, voire de les bafouer, le sous-diacre prend la place des dignitaires. L'homme se déguise en femme, le jeune en vieux et réciproquement.
Le carnaval qui permet l'homme "d'inverser" se qui le fige dans son histoire - le sexe - l'âge - le statut, de transgresser les interdits et de s'adonner aux plaisirs, se distingue de la fête officielle au rituel codé. Il s'en démarque par l'usage des déguisements et des masques. Il n'y aurait pas eu de masques lors des premières fêtes vénitiennes. Un texte de 1268 autorise le port du masque pendant le carnaval et aussi pendant une période de six mois de l'année. Les vénitiens prendront l'habitude de sortir masqués.

Pendant des siècles le carnaval contribue la stabilité de Venise. Il en précipitera la chute. Venise rayonne mais n'est plus une grande famille. Au lieu de se mettre son service, chacun veut profiter de sa richesse et des plaisirs qu'elle procure. Le carnaval dure de plus en plus longtemps. Plus ces jours ces multiplient, plus ceux de la "civilisation vénitienne" sont comptés. Plus les vénitiens s'enrichissent, plus Venise s'appauvrit... et plus le carnaval fait rage.

Venise reste la ville des fêtes et des plaisirs. Tandis que son influence politique diminue, elle jette ses derniers feux.
Le carnaval est la grande attraction qui commence en Octobre. Il dure six mois de l'année et triomphe dans les bals masqués, les prouesses pyrotechniques. On y vient de toute l'Europe jouir des plaisirs les plus divers, les plus troubles et tous y gagnent: aubergistes, restaurateurs, gondoliers, fabricants de masques...

LE DÉCLIN DU CARNAVAL
Venise passe sous la première domination autrichienne (1799-1806) et le port du masque n'est autorisé que pour les fêtes privées. Son rattachement au royaume d'Italie dont Napoléon Ier est le souverain permet davantage de divertissements mais le coeur n'y est plus.
Le deuxième gouvernement autrichien (1815-1866) autorise nouveau les masques pendant le carnaval, mais celui-ci n'est plus le mise en scène de grands thèmes, la transgression collective des interdits. C'est plutôt une parade ou chacun cherche exprimer son individualité. Parallèlement cette évolution, Venise devient chère aux romantiques. Elle attire toujours les artistes: Georges Sand, Musset, Byron y vivent de beaux épisodes amoureux; Wagner y compose la partie la plus émouvante de Tristan et Iseult; Rossini, Bellini, Verdi, y font découvrir leurs oeuvres...mais les vénitiens ne supportent ni la censure autrichienne ni la zèle de la police. Il s'insurgent en 1848 et Daniele Manin proclame la République, brève libération du joug autrichien définitivement secoué en 1866. Venise est alors rattachée au royaume d'Italie. Le carnaval disparaît.
La Sérénissime n'est plus, mais elle fait toujours rêver...

Le Carnaval resurgit en 1978: Des étudiants et des commerçants ravivent son étincelle. Venise, plus que toute autre ville au monde, est digne de lui servir de cadre. Le feu reprend.
En 1980 le Carnaval redevient une institution. Pendant la quinzaine de jours précédant le mercredi des cendres, il attire une foule de plus en plus cosmopolite. On y admire les costumes tous plus extravagants les uns que les autres; on y est tenté par une multitude de spectacles, de soirées...
Aux initiatives officielles de la Biennale d'Art et des théâtres s'ajoutent celles d'associations diverses: toutes concourent notre plaisir.
Si les vénitiens boudent quelque peu une fête sacrifiée, selon eux, sur l'autel de la rentabilité, le touriste, lui, y retrouve le plaisir enfantin de la parade, le tourbillon d'une foule gorgée de sensations, le charme de l'équivoque. S'il admire les costumes qui s'offrent sa vue, il se prend, lui aussi, se déguiser. Poétique, clinquant, mystérieux, exotique... le déguisement lui permet d'exprimer une facette de lui-même que nulle part ailleurs il n'oserait afficher...
Admirer, être admiré, telle est la rêverie laquelle le carnaval nous convie, la rêverie des êtres humains réunis par le plaisir. La Venise d'aujourd'hui comble les passionnés d'art et de culture, les amants "magnifiques" et ceux pour qui le Carnaval est jamais la fête par excellence.

Les acteurs de la Commedia dell'arte, facétieux et bigarrés, animent le carnaval. En constant mouvement, seuls ou en bandes assorties, ils parodient, s'esclaffent et farandolent, vifs comme les couleurs de l'arc-en-ciel dont ils sont affublés. Arlequins, mages, dominos, bouffons ou tragédiens, chacun joue son rôle de l'aube au crépuscule.
Princes et princesses, eux trônent devant les palais, altiers, drapés de pourpre, de vert velours, d'or pâle et de bleu céleste. Ces nobles personnages aux réminiscences moyenâgeuses, baroques ou orientales, exhibant broderies et torsades de perles, sont vraiment les rois et reines de la fête, et parcourent la cité comme si elle était leur.

LES DÉGUISEMENTS
GNAGA
C'est une forme de déguisement très simple réaliser et donc très porté par les vénitiens : il était courant pour les jeunes vénitiens de se vêtir en femme, imitant leurs attitudes, mais avec un langage très vulgaire.
Les textes de l'époque nous apprennent que les jeunes qui se travestissaient en Gnaga le faisaient souvent pour cacher leur homosexualité. Les jeunes gens ainsi costumés allaient de places en cafés et de cafés en bals costumés, pratiquant la sodomie, vice pour lequel ils étaient poursuivis par les autorités, et plus particulièrement les turcs. Il était courant dans les expressions vénitiennes de dire "ti ga na vose da gnaga" (tu as une voix de gnaga) pour souligner un ton de voix de fausset.
Le 4 mai 1740, l'occasion d'une régate, organisée en l'honneur de Frédéric, Prince Électeur de Saxe, une "gnaga" depuis une barque se moqua des turcs qui assistaient au spectacle depuis la devanture de leur échoppe. Les turcs en colère commencèrent réagir en paroles puis, en raison de l'insistance de la "gnaga", en vinrent aux actes et lui lancèrent des tuiles.
Souvent les "gnaghe" jouaient le rôle de nounous et se promenaient ou bien avec des enfants, ou bien avec d'autres hommes costumés en petits garçons et petites filles.
LE MÉDECIN DE LA PESTE
Un des fléaux majeurs de Venise fut certainement la peste qui plusieurs reprises toucha la ville. Pour cette raison, "le médecin de la peste" n'est pas un véritable déguisement mais plutôt un accoutrement porté par les "médecins de la peste", médecins qui allaient visiter les pestiférés, habillés de la sorte.
Le costume du "médecin de la peste" est assez particulier: le médecin porte une tunique de lin ou de toile cirée et un masque qui le fait ressembler un grand oiseau (on le comparait d'ailleurs un lugubre vautour).
Sur le masque, il portait des lunettes et il était toujours accompagné de sa fidèle baguette avec laquelle il soulevait les vêtements des pestiférés, imaginant que masqué de la sorte la terrible maladie ne pouvait pas l'atteindre.
SIOR TONIN BONAGRAZIA
Personnage créé par Carlo Goldoni en 1745, il représente le fils d'un marchand vénitien qui avait acheté pour dix ducats - moins du prix d'un âne - la noblesse de Torcello pour son fils idiot.
Le personnage eut peu de succès auprès du public théâtral en 1748 dans la comédie "Il frappatore": cependant le succès lui vint de la rue.
Le "gentilhomme" de Torcello revêtait un vieux costume de bourgeois du XVIIIe siècle avec un pantalon qui lui arrivait aux genoux. Sur la tête, il portait un beau tricorne, son cou et ses doigts étaient parés de bijoux voyants, pierres précieuses peine sorties des mines de Murano (en vérité, simples morceaux de verre coloré).
BERNARDON
Un des masques populaires les plus contestés est celui de Bernardon, que l'on appelait "le vieux dégoûtant". Il représentait un vieux pouilleux exhibant ses plaies, dues ses vices de jeunesse et au "mal français", la syphilis.
Il est vêtu de loques en lambeaux découvrant une partie des bras, des jambes et du dos laissant apparaître de fausses plaies et bubons avec morceaux de vêtements sanguinolents.
La tête était enveloppée d'un gros drap ensanglanté, il avait une jambe de bois et se tenait debout aidé par des bâtons. Il déambulait pas les rues en chantant une horrible chanson.
Le déguisement et la chanson furent interdits par le second gouvernement autrichien en 1815 même si depuis longtemps des distances avaient été prises avec
ce type de "masques" qui avaient la fâcheuse habitude d'entrer dans les cafés pour demander l'aumône alors que l'on s'apercevait plus tard qu'il s'agissait de
distingués bourgeois de la ville. Ce fut un avertissement pour la jeunesse débauchés de Venise.
MATTACINO
C'est une espèce de clown avec un habit blanc et multicolore, léger et court, avec sur la tête un chapeau plumes. On pense que son nom vient de "mattinate" (jeu) qu'au printemps et en été, les jeunes patriciens vénitiens avaient l'habitude de s'adonner en joyeux cortèges de barques. Les "mattacini" étaient réputés Venise pour le "lancer d'oeufs parfumés" -"ovi profumai"- avec fronde. Cette pratique était si courante qu'autour de ces personnages, se développa un véritable marché : par centaines, on pouvait voir les marchands ambulants de ces oeufs parfumés qui étaient aussitôt lancés vers les balcons o l'on reconnaissait des amis, des connaissances ou même des jeunes filles courtiser.

LES PERSONNAGES DE LA COMMEDIA DELL'ARTE
La Commedia dell'Arte est un théâtre anti-littéraire: elle se joue non partir d'un texte rédigé l'avance, mais d'un simple canevas, d'un "scénario": par exemple un galant fait remettre un billet d'amour une jeune fille la barbe de son propre père, le grotesque Pantalon. A partir de l, les acteurs improvisent, construisent un dialogue. La pièce est ainsi une sorte de création collective.
Dans ce système tout repose sur l'acteur. Le succès dépend de la vivacité de ses répliques, et de leur propos. Encore faut-il que ses partenaires ne lui gâchent pas maladroitement ses effets: ils doivent savoir s'effacer au bon moment ou au contraire intervenir promptement pour l'aider lorsque l'inspiration lui fait défaut.
Cela suppose dans la troupe, une grande unité, une grande solidarité, qui rendent difficile le remplacement d'un comédien.
La perte de l'un d'eux est toujours une catastrophe pour la troupe. Car l'aptitude jouer sur le champ suppose une longue pratique : quand on n'a pas de texte, il arrive que l'on soit pris de court. Il existe alors des techniques pour combler le vide : on peut faire des grimaces ou des contorsions, mimer une suite d'épisodes, ou avoir recours, aux lazzi. Ce sont des gestes ou des plaisanteries stéréotypées, comme de donner une gifle avec le pied ou de puiser dans un chapeau des cerises imaginaires pour en jeter les noyaux au visage du partenaire, moins que , comme Arlequin, on ne préfère attraper une mouche au vol et la croquer avec délice.
Cela fait toujours son effet. Car, dans ce théâtre la parole n'est pas en définitive la ressource essentielle.
C'est la "composition" de son personnage, son allure, son costume et sa façon de se tenir, qui décident du succès.
Le côté comique (de ce théâtre) réside dans les ridicules ou les monstruosités de la nature, dans les visages déformés, les nez caricaturaux, les fronts pointus, les crânes chauves, les longues oreilles, les jambes torses.
Ces défauts peuvent être reproduits au moyen de masques ou par l'art, et sont aussi risibles lorsqu'ils sont copiés, qu'ils sont tristes et pitoyables dans la vie. Tout est donc dans le jeu et les subtilités de l'apparence: la base de ce théâtre, c'est la caricature populaire.
Cela explique son succès. Il faut ajouter en outre que la Commedia dell'Arte reflétait en les exagérant les ridicules et les particularités locales, si importants en Italie, tout spécialement les dialectes, qui étaient un objet de moquerie d'une ville l'autre: on rit de l'accent vénitien Florence, de l'accent bolognais Venise et de l'accent de Bergame partout, un peu comme en France, on rit de l'accent marseillais. Mais surtout la Commedia dell'Arte présentait le reflet de la vie populaire: dans le Pantalon qui vient d'entrer en scène le spectateur reconnaît son voisin ou son propriétaire. A cet égard, elle est vraiment un théâtre de la rue: elle nous présente des types dans lesquels s'incarne la malice populaire.

PANTALONE
C'est le personnage vénitien le plus connu. De sa première apparition dans les compagnies de la Commedia dell'Arte, Pantalone, "le vieux", appelé "le Magnifique", s'exprimait dans le franc parler vénitien. On dit que son nom viendrait de Saint Pantaleone, un des saints les plus vénérés de la ville et qui une église a même été dédiée.
Pantalone est un vieux marchand, souvent riche et estimé de la noblesse, mais il peut aussi incarner un vieux marchand ruiné (Pantalone des miséreux) : dans tous les cas il reste un vieux tout fait particulier parce que malgré son âge il est capable de faire ses "avances" amoureuses qui n'aboutissent jamais de manière positive. C'est un homme d'une grande vitalité dans les affaires, au point de sacrifier le bonheur de ses enfants et l'harmonie familiale pourvu qu'il puisse "arranger"
quelques mariages avantageux.
Le costume est composé d'un béret de laine grecque, une veste rouge, de hauts de chausses, ou courtes braies, avec une ceinture laquelle pend une épée, un
mouchoir ou une bourse. Sur les épaules, il porte un manteau noir souvent doublé de rouge l'intérieur, ses pieds sont chaussés de savates noires ou de babouches la turque avec les pointes retournées vers le haut. Sur le visage, le masque caractéristique met en évidence son nez crochu, ses sourcils broussailleux et une curieuse barbichette pointue qu'il caresse du bout des doigts.
Le costume de Pantalon était parmi les plus portés par les vénitiens pendant le carnaval tant il était représentatif d'une noblesse qui se perdait en luxes et frivolités. Pantalon était lui seul le modèle de l'esprit commerçant et du sens des affaires qui commençait s'installer dans la bourgeoisie vénitienne.
IL DOTTORE
Originaire de la "grasse et docte" Bologne, le Docteur représente le personnage comique qui du docteur n'a que le nom. Il est parfois médecin, parfois avocat ou encore notaire. Ce personnage est très certainement issu de l'esprit estudiantin et d'anciennes coutumes de l'université de Bologne.
C'est un personnage présomptueux, orgueilleux, aimant le verbiage, les longues prédications truffées de citations latines la plupart du temps hors de propos: quand il commence parler il est presque impossible de l'interrompre et quand il est appelé au tribunal, il fait étalage de ses "connaissances" latines. Une des caractéristiques du Docteur est son obésité.
Le costume est constitué d'un habit noir avec un petit col blanc. Sur la tête il porte une barrette de notaire ou un vaste chapeau de médecin. Son visage est couvert d'un demi masque noir qui met en évidence son nez charnu et son indispensable "poireau".
COLOMBINA
Malicieuse et charmante servante de la Commedia dell'Arte, personnage comique qui n'est pas vraiment un exemple de vertu l'instar d'Arlequin son éternel soupirant, Colombine attire les sympathies par une coquetterie bien propre la gent féminine. Elle n'est pas connue uniquement sous ce nom, mais galement sous celui d'Arlecchina, Corallina, Ricciolina, Camilla et Lisetta, devenant ensuite la très élégante "Marionnette" dans la "Veuve rusée" de Carlo Goldoni.
Son habit est simple, semblable celui d'Arlequin, avec de nombreuses pièces colorées. Elle est coiffée d'un bonnet blanc, de la même couleur que son tablier. Parfois son costume ressemble celui des servantes du XVIIIe siècle cependant, il est rarement accompagné d'un masque.
Colombine parle en dialecte toscan , mais comme
son amoureux, elle ne dédaigne pas les autres patois.
PULCINELLA
Personnage napolitain originaire de la Campanie. Ses caractéristiques physiques le rendent semblable un coq: son nez est en forme de bec. Il était défini par les anciens "pullus galinaceus", mais on pense que l'origine du nom serait plutôt chercher du côté de "Pulliciniello" soit poussin.
Comme Arlecchino, Pulcinella est un serviteur idiot mais qui adopte parfois des attitudes contradictoires: il peut être aussi bien astucieux, courageux ou poltron.
Il possède une gestuelle très vive, typique aux napolitains. Le Tiepolo en immortalisa plus d'un sur ses toiles de la Villa di Zianigo, que l'on peut admirer Venise au musée du XVIIIe siècle.
Son costume est une chemise blanche, serrée dans une ceinture. Sur la tête il porte un long chapeau, tandis que sur le visage un masque noir fait ressortir le nez crochu et les rides.
BRIGHELLA
Brighella Cavicchio da Val Brembana est son nom tout entier. C'est un personnage de serviteur malin, ingénieux, qui sait aider mais aussi duper son maître. Il n'a pas de scrupules et sait s'adapter tous les métiers: il peut devenir tavernier, soldat, premier serviteur ou voleur patenté, il est le serviteur rusé de la Commedia dell'Arte. Ce personnage est né Bergame-haute et se différencie du serviteur idiot et polisson de la Bergame-basse.
Son costume est composé d'une chemise et d'un large pantalon de toile, mais sa veste s'orne de rayures vertes, le long du buste et sur le ventre, représentant vaguement une livrée. Parfois, il porte aussi un manteau court sur la chemise et un curieux chapeau.
Son parler est du dialecte bergamasque mais avec de singuliers accents qui rendent sa façon de parler très
spirituelle. C'est un musicien expert et un chanteur qui
s'accompagne souvent la guitare.
IL CAPITANO
Les origines de ce personnage, typique de la Commedia dell'Arte, sont très anciennes tel point que ses racines remontent jusqu'au théâtre romain (Miles gloriosus de Plaute). C'est le personnage d'un soldat fanfaron, hâbleur et vaniteux. Il tire ses origines de la satire populaire contre le dominateur espagnol et contre
les différents mercenaires qui envahirent l'Italie.
Caractéristique du personnage, le langage du capitan est plein de termes simili espagnols (il espagnolisait les mots italiens) qu'il utilisait pour décrire ses grandes entreprises militaires et ses gasconnades. Les noms de ce personnage sont pompeux : Capitan, Épouvante, Fracasse, Brise fer etc.) et souvent d'origine espagnole : Matamore, Sang et feu etc.
Son rôle dans la Commedia dell'Arte, est celui de l'amoureux exigent. Ses scènes avec les "Zanni" sont très amusantes : on l'y voit y déclamer de longues tirades sur ses gestes guerriers auxquelles personne ne prête attention.
Le costume est composé de son uniforme: un habit rayures multicolores, enrichi de boutons dorés. Sur la tête il porte un chapeau plume et il est toujours flanqué de sa grande épée. Il a rarement un masque sur le visage.
ARLECCHINO
Né Bergame-basse, au contraire de Brighella, il fait preuve de peu d'intelligence, il est bête, famélique et crédule.
Nous retrouvons toujours Arlequin dans le rôle de
l'humble serviteur, comme dans " Arlequin serviteur de
deux maîtres" de Carlo Goldoni.
L'habit d'Arlequin est composé d'une veste et d'un
pantalon pièces colorées et irrégulières, un béret de
feutre blanc, avec quelquefois un morceau de queue de
renard ou de lapin. Il porte aussi une ceinture laquelle pend toujours une brosse en bois, le "batocio", tandis qu'il porte sur le visage un demi masque noir aux traits
démoniaques (le nom d'Arlequin viendrait de celui d'un démon appelé Alichino, cité par Dante Alighieri dans l'enfer de la Divine Comédie). Il porte quelquefois de faut sourcils hérissés et des moustaches avec un nez proéminent : typique de l'habit d'Arlequin : la bosse rouge sur la tête.

LES MASQUES
BAUTA
La bauta n'était pas utilisée uniquement pendant la période de carnaval, mais c'était un déguisement que les vénitiens portaient en différentes occasions.
La bauta est composée de:
un voile noir ou tabarro
un tricorne noir
un masque blanc
Le costume était constitué d'un ample manteau noir qui, partant de la tête, descendait sur les épaules jusqu' couvrir la moitié de la personne. La tête était couverte du typique chapeau noir trois pointes (tricorne) et le visage d'un masque blanc la lèvre supérieure élargie et proéminente sous un petit nez qui modifiait le timbre de la voix, rendant ainsi la personne qui le portait impossible identifier.
La bauta était aussi bien portée par les hommes que par les femmes : elle était obligatoire pour les femmes qui allaient au théâtre mais interdite aux jeunes filles en attente de mariage.
Pendant le carnaval, vénitiens et vénitiennes se permettaient toutes les audaces, et la bauta leur garantissait le plus parfait anonymat. On dit que même les prêtres et les nonnes portaient la bauta pour protéger leurs fugues amoureuses.
Le tabarro aidait dissimuler, pendant la période du carnaval, toutes les transgressions la loi. Il était composé d'un petit manteau, doublé sur les épaules. Il pouvait être de drap ou de soie selon la saison, blanc ou bleu azur, rouge écarlate pour les jours de gala, quelquefois décoré de colifichets, franges et pompons " la militaire". Pour les femme il était, le plus souvent, noir l'hiver et blanc l'été.
LARVA ou "VOLTO"
Masque le plus souvent blanc, typiquement vénitien, il était porté avec le tricorne et le tabarro pour former la bauta.
Le nom de "larva" semblerait avoir une origine latine et signifie "masque" ou "fantôme". On peut imaginer l'effet produit par un vénitien déambulant au clair de lune tout de noir vêtu avec ce masque blanc soutenu par le tricorne noir.
La forme du masque permettait de respirer et de boire aisément. Il était donc inutile de l'ôter, préservant ainsi le plus sûr anonymat.
Ces masques étaient fabriqués en fine toile cirée, donc très légères et faciles porter tout en mangeant, dansant et flirtant.
MORETTA
Masque ovale de velours noir qui était porté par les femmes pour leurs visites aux nonnes. Venue de France, la mode de ce masque se propagea rapidement tant la "moretta" se prêtait aux traits féminins.
Le masque était complété de voile, voilette, et petit chapeau large bord.
La "moretta" était aussi très appréciée des hommes en raison d'une petite astuce : la "moretta" restait appliquée au
visage grâce un petit bouton que l'on tenait avec la bouche. Ce qui explique que ce masque était muet.
MASQUE DE VESTA ET ZENDA'
C'était un déguisement typique des femmes vénitiennes de basse extraction . Mais ce n'est pas pour autant qu'il n'exerçait pas tout son charme.
Le "zendale" était un petit manteau très court ou un très grand mouchoir que l'on portait sur la tête, les cheveux liés dans le dos. Le "zenda" pouvait être blanc ou noir souvent orné d'élégante dentelle ou de gaze transparente qui couvrait et découvrait avec coquetterie les visages féminins. Les femmes mariées le portaient de couleur blanche et il était appelé "nizioleto" ou "fazzuol".
Dans le carnaval vénitien tout était permis et de nombreuses femmes nobles avaient pour habitude de porter ce déguisement.
D'anciennes chroniques nous rapportent un événement survenu en l'an 1782, quand la future impératrice Marie de Russie en voyage de noces avec son mari Paul 1er se déguisa avec le "zenda", se noya dans la foule de la Place Saint Marc se laissant emporter par les joies du carnaval.
DOMINO
Déguisement de carnaval porté par les anciens vénitiens, il est composé d'un ample manteau avec capuche.
Le nom de cet habit vient d'une formule ecclésiastique "Bene dicamus Domino" (Nous bénissons le Seigneur) qui était le salut qu'échangeaient, en ce temps l, les prêtres et les moines.
On peut penser, par ailleurs, que ce déguisement avait galement pour but de tourner en dérision " l' habit sacré des prélats".
A Venise, ce déguisement ne connut jamais un usage commun. Les femmes le portaient volontiers car il permettait la meilleure dissimulation du corps.
LES FAISEURS DE MASQUES
A Venise, le masque n'était pas porté exclusivement pendant la période du carnaval. Dès lors, un véritable commerce se développa autour de cet artisanat.
C'est sous le Doge Foscari, que les "maschereri" (faiseurs de masques), eurent leur propre statut, daté
du 10 avril 1436.
Ils appartenaient la "frangia" des peintres et étaient aidés par les "targheri" qui imprimaient sur le stuc des visages la physionomie parfois ridicule et avec abondance de détails.

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